En 2025, le débat sur l'utilisation de l'argent liquide s'est poursuivi, avec plusieurs épisodes ayant marqué l'actualité.
Dans le canton de Berne, la compagnie ferroviaire BLS – dont la décision de ne plus proposer l'option du paiement en espèces avait suscité de vives réactions en 2024 – a maintenu le cap, confirmant qu'il ne sera à l'avenir non seulement plus possible de payer en cash aux automates, mais également dans les bus. La motion adoptée par le Grand Conseil bernois l'année passée n'a donc pas suffi à faire plier l'entreprise, qui s'est référée à la réponse du Conseil d'Etat à la motion pour se défendre: il n'existe pas d'obligation d'accepter l'argent liquide, si tant est que la clientèle a été informée à l'avance, qu'une alternative existe et que l'achat anonyme est possible. La situation sera différente à Neuchâtel et à Lucerne, où il sera encore possible de payer en cash, car les cantons ont décidé de prendre en charge les coûts supplémentaires. La stratégie de BLS – qui lui permettra des économies à hauteur de CHF 400'000 – s'inscrit dans la lignée de l'objectif de l'Alliance Swisspass, qui souhaite ne vendre pratiquement que des billets digitaux en 2035. Afin d'offrir une alternative, l'Alliance a annoncé en fin d'année qu'elle allait mettre en service une carte prépayée qui permettra de prendre des billets à tous les automates et les points de vente. Ces cartes pourront être achetées en ligne ou dans les points de vente des entreprises de transport, et seront anonymes, un point qui tient à cœur aux défenseurs du cash. Par ailleurs, la thématique du paiement en espèces dans les transports publics a été discutée lors de la deuxième table ronde sur l'argent liquide.

A Zurich, deux décisions de ne plus accepter les paiements en espèces ont fait couler de l'encre. D'une part, le Kunsthaus a introduit, à partir de septembre, un système de paiement sans cash. Après le dépôt d'un postulat au législatif de la ville et de nombreuses réactions négatives, le musée a retourné sa veste; les visiteuses et visiteurs pourront à nouveau payer en liquide à partir de 2026. D'autre part, le marché de Noël de la gare a également fait parler de lui avec sa politique «cashless». Les commerçants s'exposaient à une amende de CHF 500 s'ils étaient pris la main dans la poche, à effectuer des transactions en liquide. Alors que la société organisatrice a évoqué l'aspect pratique de la démarche, les commerçants ont plutôt soupçonné que l'interdiction du cash serait un moyen d'éviter que certains mentent sur leur chiffre d'affaires, pris en compte dans le calcul des frais. Selon la NZZ, la majorité des commerçants se sont accommodés de «la nouvelle réglementation». Des critiques ont en revanche émané du monde politique, alors qu'une pétition en ligne a été signée par 1'500 personnes. Comme pour le Kunsthaus, l'organisation du marché de Noël est finalement revenue sur sa décision et a réintroduit le cash, en raison «des nombreux messages reçus de personnes se souciant des nouvelles méthodes de paiement».

Dans le canton de Genève, le Grand Conseil a accepté en octobre une intervention pour que les établissements proposant de la restauration soient obligés d'accepter l'argent liquide. Dans le canton d'Argovie, une motion de même teneur a été déposée par deux députés de l'UDC et du Centre. Enfin, dans le canton de Soleure, le parlement a débattu des moyens d'actions du canton pour garantir la possibilité de payer en liquide.

Finalement, divers articles de presse se sont penchés sur la thématique, soulignant notamment que «nous avons le futur du cash entre nos propres mains». Celles et ceux qui souhaitent le maintien de l'argent liquide doivent agir de manière conséquente en payant de cette manière, sans quoi s'installe un cercle vicieux. Les banques renoncent aux bancomats, qui leur coûtent cher, de plus en plus de restaurants se mettent au «card only», donc les consommateurs ont de moins en moins accès à l'argent liquide, et l'utilisent moins (AZ 29.3.25, LT 24.11.25). Dans la NZZ (11.10.25), l'économiste à la ZHAW Marcel Stadelmann a relevé que la disparition de l'argent liquide permettrait de grandes économies: pas de frais d'impression et d'émission, pas de frais de transport, ni de sécurisation des bancomats. Au total, les coûts des paiements en liquides sont de CHF 5.2 milliards, contre CHF 1 milliard pour les paiements par cartes de crédit et de débit. La population tient cependant à conserver l'argent liquide par souci d'autonomie, a précisé l'économiste. Sa disparition n'est donc pas pour demain.

Dossier: Le rôle de l'argent liquide en Suisse (discussions à partir de 2017)